Aix - Thecamp : pour le repreneur, c'est génération rentabilité

11 juillet 2022
The Camp

Publié le 08 juillet 2022
La Provence

Poursuivre et amplifier l'accompagnement des entreprises dans leur virage numérique et leur volonté de transformation ; accueillir plus d'événementiels et de séminaires, du patron de la multinationale aux youtubers en vogue ; enfin, développer l'offre hôtelière tous azimuts : c'est, semble-t-il, la révolution "next generation" qu'a présentée hier la nouvelle équipe ayant repris Thecamp au bord de la liquidation judiciaire. Avec une petite connotation d'ouverture sur le monde qui faisait peut-être un peu défaut. Et ceci, sept jours sur sept. À l'instar de ce monde numérique qui ne dort jamais. Et du touriste qui a besoin de se poser dans un lit.

L'aventure avait été entamée avec un patron visionnaire, Frédéric Chevalier, fondateur en 1990 de HighCo. Il était alors convaincu que les nouvelles technologies allaient révolutionner le marketing et la communication. Créateur de la fondation de Mécènes du Sud, actif dans le club des grandes entreprises régionales, entrepreneur multicasquettes, il eut en 2014 l'idée de créer le premier campus européen consacré aux technologies et aux nouveaux usages, capable d'imaginer la ville et la vie de demain. Il avait convaincu les acteurs locaux - la mode est alors à la French Tech, Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, applaudit le futur fleuron. L'architecte multirécompensée Corinne Vezzoni imagine le design épuré et particulièrement réussi - à coup de 21M€ - de l'équipement planté sur le plateau de l'Arbois, pas très loin du technopole de l'environnement, sur un site de 8 hectares. 13 000m² de bâtiments, un espace piscine, 165 chambres dans la partie hôtellerie, une cafétéria, un théâtre de verdure, un amphithéâtre... Tout est pensé pour être un site "immersif" où l'on vient échanger, se former, imaginer la ville de demain.

Thecamp est inauguré en septembre 2017, deux mois après la mort accidentelle à moto de Frédéric Chevalier.

Dès 2019, Thecamp entre en phase restructuration et économies d'échelle malgré de premières années affichées avec un chiffre d'affaires à 10M € par an et 30 000 visiteurs annuels. Et une activité qui sera restée fort confidentielle. La direction alors mise en place nomme cela phase de "retournement".

Las, les frais de structures sont trop élevés. Le loyer est de l'ordre de 2,5M€, la masse salariale reste top secret mais les effectifs seraient montés, selon certaines sources, jusqu'à 80 personnes. Il en reste "quelques dizaines aujourd'hui" livrent les repreneurs, soit une quarantaine. Deux entités avaient alors été créées, l'une pour l'activité foncière, l'autre pour la gestion et l'exploitation. L'activité hôtelière était mise en gérance.

Le Covid a achevé les rêves de smart city. En 2021, les actionnaires historiques (dont la Cepac et le Crédit agricole) réinjectent 20M€ pour recapitaliser Thecamp qui n'est plus qu'une coquille vide, plantée dans la garrigue, mais avec de l'argent public, ce qui fait désordre. Les collectivités (Région, Département, Métropole, ville d'Aix...) et autres partenaires financiers se mettent à rechercher activement (et discrètement) un nouveau repreneur pour éviter que la superbe architecture ne devienne, certes, dans un style tout différent, un cube de Vitrolles bis.

Plusieurs offres ont été déposées. Certaines imaginaient y installer cinéma et studios de jeux vidéo, d'autres des ateliers de formation. C'est finalement celle de Kevin Polizzi, un homme d'affaires marseillais qui a déjà largement fait ses preuves, qui l'a emporté.

Pour un projet qui a l'odeur et la couleur du projet initial de Thecamp. Sauf peut-être, les bulles festives de la nouveauté. C'est ce qu'il a tenté d'expliquer hier devant un parterre d'institutionnels, chefs d'entreprise et journalistes.

 

Un investissement de 50M€ dont 28 consacrés aux dettes

L'enveloppe d'investissement est de 50M€. Elle englobe le remboursement des 21M€ de dette publique, des 7 M€ supplémentaires au titre du remboursement du PGE, du crédit d'impôt recherche..., et enfin, l'acquisition au Département, la Métropole, la Région et la CCIM de l'immobilier "pour plusieurs dizaines de millions d'euros, un chiffre non communicable".

25M€ proviennent des fonds propres de Kevin Polizzi, actionnaire à 100% de Thecamp.

Les dirigeants visent un retour à l'équilibre dès 2023 avec un modèle de business plan reposant sur des lignes de revenus diversifiées entre hôtellerie, événementiel (séminaires, soirées...), et les offres de formation dont le montant n'est pas communiqué. "Tout est sur mesure". Selon le site qui doit être réactualisé, les 14 heures de d'atelier pour "renforcer son leadership et transformer son organisation" se monnayaient à partir de 1 550 € HT, les 28 heures pour "Manager le changement" 3 100 €.

Combien d'entreprises pourraient ainsi être accueillies par an ? L'objectif n'est pas plus livré mais "disons que 3 000 par an, voilà qui serait déjà énorme, confie un des dirigeants qui vise un chiffre d'affaires annuel de l'ordre de 6M€, "tout en remboursant les dettes, ce qui n'avait jamais été initié par nos prédécesseurs" tacle-t-il.

Les mesures d'économie se poursuivent. Le loyer est désormais de 1M€/an. "La masse salariale a été rationnalisée et on parfait le projet d'entreprise afin de construire l'organigramme pour valider les collaborateurs qui s'inscrivent dans les projets futurs et chercher de nouveaux talents ; par exemple, on n'a pas à ce jour des compétences sur la réalité augmentée". Le repreneur se retrouve avec une quarantaine de salariés, contre 70 lors des jours heureux.

 

Kevin Polizzi, le repreneur : "On vit l'opportunité incroyable de changer la façon dont fonctionnent les entreprises"

Kevin Polizzi, âgé seulement de 40 ans, est notamment le fondateur de Jaguar network, entreprise d'hébergement de données (data center) qu'il a revendue récemment au groupe Iliad de Xavier Niel (actionnaire minoritaire de La Provence) pour 100 M€. Il est désormais président de Unitel qui regroupe ses "participations software, hardware & financières dans le monde de l'innovation et de la transformation numérique accélérée des métiers traditionnels" (ASP serveur, Jaguar network, Free pro, 408, Quanta, Onelife, Axeleo, Starfleet, Neoedge...).

Il résume lui-même son expérience : "On a compris très tôt cette transformation du monde et des usages. On a connu la révolution industrielle, de la vente... On est entré dans une ère de services il y a 20 ans avec le début du Cloud, des télécommunications... On a toujours considéré qu'il fallait deux choses : la confiance et s'intégrer au business model de nos clients. On a constitué notre ADN en suivant le basculement du monde. Internet balbutiait. On a construit un opérateur télécom à partir de 2006 ; en 2010, c'est le déploiement du Cloud ; en 2015, le multi-cloud et l'arrivée des Gafa; 2018, c'est le début de la ville intelligente. Aujourd'hui, c'est l'intelligence artificielle qui nous permet de dérouler de nouveaux projets, d'avoir des sociétés de notre région avec des croissances à deux chiffres".

"L'essentiel de nos budgets R & D sont positionnés sur l'IA et la Data. La prochaine révolution sera l'informatique quantique, ce qui est lié à la haute performance, consomme moins d'énergie, et tout ce qui est lié à la cybersécurité, le mobile et la 5G... Ce projet extraordinaire qu'est Thecamp doit entrer dans la nouvelle génération, se réinventer".

Il poursuit : "Nous avons découvert de nouveaux usages depuis le Covid, comme le télétravail et les réunions en visio. L'inflation est un deuxième élément : travailler comme avant avec des coûts du monde d'après ; aujourd'hui, on vit une opportunité incroyable de changer la façon dont fonctionnent les entreprises. Ceux qui acceptent auront un avenir, les autres feront moins de marges, les derniers n'existeront plus. Quand j'ai créé Quanta et que Frédéric Chevalier démarrait Thecamp, je lui avais dit : 'toi tu rêves l'avenir, moi je le réaliserai'. Aujourd'hui on a la même mécanique entre Thecamp et Theodora (autre projet du chef d'entreprise dont les travaux sont en cours à Marseille et sera dédié aux métiers du digital accessible à tous, ndlr) : à Thecamp on peut expliquer, mais à un moment, il faut réaliser".

Kevin Polizzi a placé Stéphane Soto à la présidence de Thecamp. Fondateur de Medinsoft en 2009, acteur majeur du digital qu'il a quitté lors de l'élection municipale à Marseille (il militait pour la LR Martine Vassal), pilier de la French Tech (dont il fut directeur), Stéphane Soto dirige désormais Olympic Location (il est dans les voitures, donc). Il donne sa vision de Thecamp "next generation" : "On fait face à des enjeux environnementaux, sociologiques, technologique. Il va nous falloir nous réinventer avec toujours plus d'usage, pour plus de monde, et moins d'impact écologique. C'était une des ambitions de Thecamp, elle perdure. Comme celle d'en faire une vitrine de l'excellence française à l'international".

"Ici doit se construire le monde de demain où convergent monde privé, public, artistes, étudiants, philosophes, techniciens, dirigeants, qui doivent venir ici partager, travailler, expérimenter ensemble. Nos équipes ont monté des méthodes, des programmes pour se former dans les meilleures conditions et appréhender des transformations fluides et adaptées. Nous nous sommes assignés quatre missions: engager les gouvernances et les organisations ; former des personnes et des organisations ; organiser, recevoir, dans cet écrin objet-monde; accélérer la transformation des entreprises".

Francis Papazian, directeur général, conclut : "On va s'occuper des comités de direction mais aussi des équipes et sous-traitants. Pour cela il faut s'adosser sur une offre, sur mesure, rationalisée, pour s'adresser au plus grand nombre des entreprises, former tout au long de la vie de l'individu, de l'entreprise, en nous adaptant à l'accélération de l'économie, aux changements des usages et des technologies".

Lui insiste sur l'offre hôtelière à venir avec ses 109 chambres "zen", 44 "confort, ses suites, de 80 à 120€, et le restaurant qui est censé rouvrir : "Nous avons un taux actuel de remplissage de 80% et visons trois cibles : les 'campers' présents sur site pour une formation ; les 'corporate' avec les salariés ou chefs d'entreprise alentour ou leurs invités ; et les touristes".

 

Par Carole Barletta - La Provence

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