Bien être au travail : critère indispensable pour les collaborateurs

9 février 2022
crédit : rawpixel

Une étude OpinionWay pour Microsoft France publiée début janvier montre que les salariés, notamment les moins de 35 ans, sont de plus en plus sensibles aux valeurs véhiculées par les entreprises, quitte à remettre en question leur fidélité vis-à-vis de leur employeur. Politique RSE, équité homme-femme, inclusion et importance du bien-être ont, semble-t-il, gagné du terrain en pleine crise sanitaire. Qu'en est-il à Aix ?

La fidélité, ce n'est pas toujours une question d'amour. Bien sûr, dans toute relation, il y a des raisons qui font qu'on décide de s'impliquer ou non. De s'engager sans y réfléchir à deux fois ou, au contraire, d'émettre des doutes avant de prendre la tangente. C'est souvent là que la question du choix du "bon" partenaire se pose. La comparaison du couple avec le monde de l'entreprise est vite faite car avant toute relation vient le temps de la séduction. En janvier, une étude OpinionWay pour Microsoft France mettait ainsi en exergue qu'aujourd'hui, près d'un salarié sur deux (49 %) reconnaît avoir moins de scrupules à aller voir ailleurs (55 % chez les moins de 35 ans). Et si 83% des salariés français ont néanmoins envie de rester dans leur entreprise actuelle, la moitié d'entre eux attend des évolutions en phase avec leurs nouveaux besoins.

"Une preuve d'engagement"

Bien-être, inclusion, égalité hommes-femmes, politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises) sont autant de leviers qui apparaissent désormais comme des critères primordiaux dans la recherche d'un emploi. Sarah, 35 ans, travaille chez Captain tortue (design de vêtements et vente à domicile) depuis juin dernier et, en plus de son poste de chef de projet au service marketing, c'est le côté "women empowerment" qui l'a séduite : "Ils sont vraiment engagés envers les femmes. Ils mettent aussi beaucoup leurs employés en avant sur les réseaux, ce que j'ai apprécié. De plus, le ton était bienveillant et je trouve ça assez rare dans une entreprise." La politique RSE a également pesé dans la balance : "Deux jours après mon arrivée, je me souviens qu'une action de nettoyage de la zone des Milles était organisée donc ça m'a tout de suite mis dans le bain. On a aussi des ruches qui nous permettent de produire notre propre miel, des savons solides râpés ont été mis en place dans les sanitaires ... Plein de petites choses qui comptent dans le quotidien et auxquelles j'attache de l'importance car c'est une preuve d'engagement et de respect du monde qui nous entoure". Accompagnée par un cabinet spécialisé, l'entreprise s'est effectivement lancée dans un travail autour de sa responsabilité sociétale il y a deux ans et engagée dans un programme "Planète tortue" pour englober tous les sujets concernés. "Sur le volet environnemental, nous adoptons les écogestes Captain, confirme Christel Hennion, directrice générale. Cela passe par du recyclage, bien sûr, mais chaque personne a aussi une gourde chez nous et reçoit une formation pour les écogestes ( ... ) Nous accordons également une grande importance à la confiance pour que chacun puisse exercer son propre jugement et mener une vie active avec maturité et autonomie. C'est quelque chose qui a d'ailleurs grandement facilité le télétravail quand nous avons dû le mettre en place."

Quant à la parité, elle est, du fait du métier, inversée puisque l'entreprise se compose à 73 % de gent féminine. "Cela étant, j'ai conscience qu'on a également besoin d'hommes et, à compétences égales, je suis attentive à cette donnée lors des recrutements car les visions hommes-femmes sont souvent complémentaires", ajoute la directrice générale.  

Investissement et rentabilité

Une fois la phase de séduction dépassée, vient celle de la fidélité. Et ça, Softway medical, éditeur de logiciels de santé, l'a bien compris. Entreprise à la croissance grandissante, elle recrute en masse et investit dans la formation. "Ceci afin de créer des pools dédiés et répondre aux besoins des clients, précise Céline Amblot-Feral, DRH du groupe. La spécificité du métier est telle qu'on ne peut pas embaucher quelqu'un et le mettre sur un site tel quel". Et d'appuyer : "On veut être une entreprise ap-prenante mais que ce soit la personne qui entre dans l'entreprise ou dans sa vie après quelques années chez Softway, on va tout mettre en œuvre pour la fidéliser. La ressource humaine est véritablement au cœur de notre stratégie". En quelques chiffres, le groupe a dispensé 499 jours de formation en 2020, 693 l'année suivante. En termes du bien-être accordé à ses salariés, Softway aussi sort les grands moyens. "Nous sommes labellisés Happy at work, ce qui nous permet de travailler sur l'équité, l'intégration et l'équilibre entre la vie professionnelle et personnelle, poursuit­elle. Il y a cinq ans, nous avons d'ailleurs signé avec les partenaires sociaux un accord égalité hommes­femmes et acté le fait qu'il n'y ait plus de réunion après 17 h, pas de formation le mercredi pour ceux qui sont à temps partiel et qui gardent les enfants ... ". L’entreprise prend aussi le pouls chaque année par le biais de sondages afin de faire évoluer les choses. La dernière enquête a notamment révélé que 79,6 % du personnel prenait plaisir à travailler chez Softway et 83 % sentaient que l'entreprise leur faisait confiance. Quand un axe de progression se fait sentir (par exemple l'adéquation entre rémunération-poste-responsabilités montrait un taux de satisfaction de 48 %), la direction mène généralement une action pour inverser les taux.

Pour l'heure installée à Meyreuil, l'entreprise aux près de 800 salariés va déménager dans des locaux plus grands à Fuveau d'ici un mois. 6 000 m2 de bureaux avec tout le confort nécessaire situés en contrebas de Sainte-Victoire permettront de redonner un nouvel élan aux employés. "Tout ça paraît toujours très rose quand on dresse ce genre de portrait, reconnaît la responsable communication, Déborah Dray, mais il ne faut pas oublier que tout ce que met en œuvre l'entreprise est dédié au bénéfice final de ses clients. On est avant tout une entreprise privée qui doit dégager des profits. Et comme on n'aime pas acheter son tee-shirt dans un magasin en sachant que c'est un enfant travaillant de nuit qui l'a confectionné, nos clients s'intéressent de plus en plus à la qualité de vie au travail de nos salariés". Et de conclure : "En répondant aux attentes de nos collaborateurs on répond aux attentes de nos clients. C'est aussi simple que ça." À 32 ans, Olivia est ce qu'on appelle une salariée "boomerang", c'est-à-dire qu'elle a quitté son employeur au profit d'un autre "par curiosité, parce que j'y suis entrée juste après mes études". Neuf mois après, elle quittait cette boîte pour retourner vers Softway car "bien que ce soit une grosse entreprise, l'ambiance y est assez familiale et dynamique. Le fait de s'y sentir comme chez moi était primordial".  

Salle de sport, vestiaires privés, confiance ou reconnaissance sont des termes totalement absents du vocabulaire de Rémi et Yann, tous deux employés dans une grosse firme du bassin provençal qu'ils préfèrent ne pas nommer : "Sans diplôme, on se doit de conserver nos emplois mais les conditions de travail sont affreuses. La hiérarchie nous traite comme de la m**** et parfois les nuits nous sont payées avec des mois de retard alors on est loin de penser aux valeurs que serait susceptible de véhiculer notre employeur. On veut juste notre chèque pour pouvoir vivre correctement". Si l'importance de la qualité de vie au travail gagne du terrain, le risque de voir l'écart se creuser d'une société à l'autre est, lui, toujours bien présent.

Article de Carine PALMI – La Provence

 

L’AVIS D'ÉTUDIANTS ÂGÉS DE 20 À 22 ANS

Le bien-être, gage de productivité

 

  • ARTHUR, 20 ANS, EN IUT GESTION DES ENTREPRISES

"Je ne sais pas encore exactement dans quoi je vais travailler mais ce qui est sûr c'est que je compte monter ma propre boîte. Du coup, si l'entreprise dans laquelle je travaille durant quelques années n'a pas les valeurs qui me correspondent, sincèrement ce n'est pas bien grave. Par contre, quand je deviendrai patron, ce sera différent. Les salariés sont ce qui coûte le plus cher donc je ferai en sorte de répondre à leurs attentes, mais une fois que j'aurai suffisamment grossi."

 

  • MATHIEU, 21 ANS, EN PRÉPARATION AUX CONCOURS GRANDES ÉCOLES

"Je veux intégrer une bonne école de commerce mais c'est l'humain qui m'intéresse avant tout. Je me vois bien bosser dans le management et tant que l'entreprise pour laquelle je travaille sera correcte avec moi, ça me conviendra. Par contre je suis sensible à l'équité entre les hommes et les femmes, c'est-à-dire que si à expérience égale et capacités équivalentes pour un même poste, une femme est payée moins qu'un homme, ça me dérangera. Sans doute pas au point de ne pas postuler au sein de l'entreprise mais je ferai tout pour essayer de faire évoluer les choses à ce niveau-là. La notion de bien-être au travail est aussi primordiale car c'est mathématique : si on s'y sent bien, on sera forcément plus productif. Je privilégierai donc une boîte qui sait prendre soin de ses employés, et propose des cours de sport par exemple. "

 

  • LISA, 21 ANS, EN MASTER 1 ÉCOLE DE MANAGEMENT

"Personnellement, je suis très impliquée dans la cause environnementale. Plus tard, je me vois travailler dans le marketing et avant de bosser pour une entreprise je bosserai pour les produits qu'ils veulent vendre donc ils devront être ecofriendly. La question des politiques RSE est prioritaire pour moi. Concernant la parité, ça me posera un souci si à compétences égales les salaires sont différents. Autrement, si des hommes sont plus qualifiés pour les jobs que des femmes, je ne vois pas pourquoi on se forcerait à recruter quelqu'un d'autre."

LA PROVENCE - 08/02/2022

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