Immobilier : comment le télétravail transforme (aussi) les commerces

11 janvier 2022
Le passage en télétravail durable va avoir un impact sur le comportement de consommation des travailleurs

La baisse des flux de travailleurs dans les quartiers tertiaires n'est pas sans conséquences pour les magasins et restaurants qui s'y sont établis.

Tous les commerçants ne sont pas égaux devant le télétravail . « C'est sans doute la conséquence la plus importante du Covid-19 sur les changements de la géographie du commerce », juge Emmanuel Le Roch, délégué général de l'association des commerçants Procos. « Le passage en télétravail durable va avoir un impact sur le comportement de consommation de 30 % à 40 % des salariés, en particulier dans les métropoles. »

Des transferts de consommation se sont ainsi produits depuis mars 2020. Ils se sont faits aux dépens des grands quartiers de bureaux, comme La Défense, La Part-Dieu (Lyon), Euralille, Labège (Toulouse), ou de certaines rues comme Rivoli, Rennes et Saint-Michel à Paris, et donc de leurs commerces qui vivaient avec des flux importants de travailleurs le matin, le midi et en fin d'après-midi. Les spécialistes du comptage, MyTraffic et Quantaflow, qui assurent pouvoir isoler l'impact du télétravail par rapport au recul du tourisme ou au risque sanitaire, estiment la baisse dans ces zones à 30 % à 40 % par rapport à la période avant-crise sanitaire.

« La qualité du flux s'est aussi dégradée, avec moins de pouvoir d'achat », estiment Hakim Saadaoui et Frédéric Deloffre chez MyTraffic. « Pour les centres commerciaux, l'impact négatif du télétravail est plus marqué en Ile-de-France qu'en régions, en coeur de ville qu'en périphérie », explique Cyril Lévèque chez Quantaflow. En revanche, il n'y a pas de différence notable entre un grand centre et un petit. « Les jours de télétravail étant plutôt les lundis et vendredis, ces jours, en particulier le vendredi, sont moins générateurs de trafic », note Gontran Thüring, le délégué général du Conseil des centres commerciaux.

Des gagnants… et des perdants

Dans ces zones tertiaires, les pressings souffrent, tout comme certains restaurants. « Le gouvernement a poussé le télétravail qui est devenu la normalité », constate Axel Le Pomellec, le président de Crêp'Eat (41 établissements). « Nous perdons aussi de la clientèle les jours de grands flux, du fait des contrôles de passe sanitaire à effectuer. Oui, nous faisons du click & collect et de la livraison, mais notre produit s'y prête moins que le burger ou la pizza. » En outre, déplore-t-il aussi, « les gens qui basculent sur Uber Eats ou Deliveroo, le font surtout dans les grandes villes, car cela a un prix ! Et si des restaurateurs peuvent fermer à certaines heures, faute de clients, nous ne le pouvons pas, compte tenu de nos obligations en centres commerciaux ».

Des quartiers de gares sont aussi perdants. Mais des gagnants, il y en a ! Dans le commerce physique, c'est le cas de certains quartiers parisiens (14e et 15e), de communes en petite couronne parisienne comme Vincennes et Boulogne-Billancourt, ou de villes moyennes à 1 heure ou 1 h 30 d'une grande métropole. Le commerce de proximité tire clairement son épingle du jeu, en semaine, et même le week-end. Le marché de la livraison de repas explose.

Enfin, la Fédération de l'e-commerce (Fevad) a noté que l'augmentation de la fréquence d'achat et des montants dépensés en ligne en 2020, en France, a été plus forte chez les télétravailleurs (+ 45 % contre +37 % pour la moyenne des e-acheteurs). Reste que le bureau en physique est loin d'être mort. « La législation sur le télétravail n'est pas encore figée », prévient cependant Hakim Saadaoui (MyTraffic). « Son impact devrait encore évoluer. »

Par Vincent Lepercq - Les Echos

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