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Aix-en-Provence : Iter, plus de trois milliards de retombées économiques régionales

L'ACTUALITÉ
26 mars 2021

La Provence
Publié le 22 mars 2021
Par Laure GARETA

ⒸLa Provence

Depuis les premiers travaux de terrassement en 2008, le chantier s'étalant sur 180 hectares a progressé à bon rythme, pour en être aujourd'hui aux trois-quarts du chemin, et ce malgré le Covid. Le premier essai de plasma prévu en 2025 est maintenu.

 

Iter, quatre lettres qui parlent aux Provençaux, mais certainement plus à cause des fermetures de l'autoroute A51 dues aux convois exceptionnels que par le contenu du projet. Aussi mondial qu'une pandémie, en moins dangereux, le chantier a réussi le premier exploit de mettre d'accord les plus grandes puissances. Le consensus repose sur la nécessité de trouver une énergie non polluante et inépuisable pour sauver notre planète et nous avec.

"Un tiers de la production d'énergie primaire est aujourd'hui mobilisé pour produire de l'électricité et l'Agence internationale de l'énergie prévoit une augmentation de la demande mondiale d'électricité de l'ordre de 80 % d'ici à 2040 (dont 33 % de la demande chinoise et 15 % de la demande indienne)", souligne Robert Arnoux, responsable communication à Iter Organization. Il y a donc urgence à trouver un plan B à l'énergie nucléaire par fission telle qu'on la produit dans les centrales actuelles. Iter est donc un démonstrateur à grande échelle pour prouver la faisabilité d'une autre source d'énergie : la fusion, réaction solaire que les scientifiques ont mise en évidence dès les années 30.

 

Depuis 2008, dans la plaine de Saint-Paul-lez-Durance, tous s'affairent à construire la machine permettant une telle prouesse : le Tokamak. Depuis le printemps 2020, l'enceinte qui recevra la machine est terminée. Officiellement lancée le 28 juillet 2020 par le président de la République, la phase d'assemblage a commencé grâce aux diverses pièces du Tokamak fabriquées par les pays partenaires (la Chine, l'Union européenne, l'Inde, le Japon, la Corée, la Russie et les États-Unis) et acheminées jusqu'aux confins du département des Bouches-du-Rhône. "On est à un moment clé du chantier. Progressivement les pièces sont intégrées au Meccano tridimensionnel que constitue le Tokamak. La quête dans laquelle nous sommes engagés demande du temps, de la patience et de la ténacité, mais l'enjeu est à la mesure des efforts. En ouvrant la voie à la fusion de l'hydrogène, ce qui se passe ici est de nature à changer le cours de l'histoire si nous y réussissons", explique Bernard Bigot, directeur général d'Iter Organization.

La mise en service de la machine est attendue pour 2025 avec la création du premier plasma. À terme, les industriels devraient être capables d'utiliser la fusion pour fournir de l'électricité 'propre' dès 2055. Un calendrier qui, pour l'heure, se tient. Le chantier est dans les temps, malgré un ralentissement inhérent au Covid. "On en est à 72 % des tâches réalisées, précise Robert Arnoux. Même si le Covid a imposé une réorganisation du chantier."

 

Conséquences régionales

Même si le budget global estimé à 20 milliards d'euros est conséquent, à l'échelle de la consommation d'énergie il n'en est rien car aujourd'hui l'Europe importe, chaque jour, un milliard de produits fossiles. La France contribue, dans le consortium européen, à hauteur de 9,1 % (environ 2 milliards) dont 467 millions sur dix ans, pris en charge par les huit collectivités territoriales de la région Paca. Il a fallu notamment construire dans un premier temps l'école internationale installée à Manosque et aménager l'itinéraire routier pour l'acheminement des pièces depuis Fos.

La proximité du chantier a aussi permis des retombées économiques importantes. Depuis 2007, les entreprises de Paca ont signé environ 3,1 milliards d'euros de contrats, dont 2,3 milliards pour les entreprises implantées dans les Bouches-du-Rhône, 256 millions pour les vauclusiennes, 232 millions pour les bas-alpines et 4 millions d'euros pour les haut-alpines. Ainsi plus de 700 emplois directs créés et "les études du Cern montrent qu'autour d'un 'très grand équipement de recherche', chaque emploi direct génère 1,7 emploi indirect ou induit". Parmi les 500 sociétés européennes en sous-traitance sur le chantier, 80 % sont françaises. "Iter est devenu l'un des acteurs économiques majeurs de la région Paca. Les entreprises régionales sont les premières bénéficiaires des appels d'offres lancés", argumente Bernard Bigot.

En concurrence avec le Japon lors du choix du site, la France avait joué toutes ses cartes pour accueillir Iter et se placer au coeur de la conquête vers l'autonomie énergétique.

 

Foire aux questions

Après la première visite en visioconférence du chantier avant-hier, les membres de la Chambre de commerce franco-belge du sud de la France, de l'Union des Chambres et Clubs d'Affaires bilatéraux du sud de la France, du Corps consulaire de Marseille et le Club d'affaires franco-allemand de Provence ont pu poser leurs questions.

Quel est le rôle des gouvernements aujourd'hui ?
"Tous les pays sont engagés par le traité international Iter. Les États se sont engagés, les gouvernements ont ainsi les budgets d'Iter dans leurs schémas. Pour le moment, personne ne remet en cause la participation au programme Iter même si certains connaissent certaines difficultés et demandent un étalement de leur contribution, même si certains pays comme les États-Unis ont parfois des tentations politiques en s'interrogeant sur leur participation. Le rôle du directeur général est de les convaincre car ils ont tout intérêt à participer car en contribuant à 9 % à cet énorme projet ils auront accès à l'ensemble de la propriété intellectuelle générée."

Des nations ont-elles rejoint le projet en cours de route ?
"Le dernier partenaire à rejoindre Iter a été l'Inde en 2004. Le statut de membre est clos car toutes les contributions en nature au programme ont été assignées mais on a des accords de collaboration. On a récemment passé un accord avec le Canada, l'Australie, le Kazakhstan, la principauté de Monaco, etc. Cette dernière finance chaque année, des post-doctorants de cinq jeunes étudiants qui travaillent à Iter."

Comment assurer qu'il n'y aura pas d'accident dû au refroidissement ?
"La quantité de combustible est infime, 1 gramme pour 1 000 m². Il n'y aura pas de dégâts particuliers car la chaleur résiduelle n'est pas considérable et pourra s'évacuer naturellement sans difficulté."

Avec le Brexit, est-ce que le Royaume-Uni est sorti du programme Iter ?
"Non, les pays européens sont membres à travers l'Euratom (communauté européenne de l'énergie atomique). Le Brexit supposait d'en sortir mais pour l'heure l'Angleterre est toujours dans le programme et le Premier ministre britannique a toujours dit que le pays resterait."

Quelle est la suite pour l'histoire de la fusion après Iter ?
"Dans l'état actuel des accords internationaux, Iter a une fin pour 2040 mais rien n'indique qu'il sera démantelé en 2045 ! Le 'Jet' devait cesser son activité mais quand on a un tel niveau de technologie, même s'il y a mieux aujourd'hui, cette machine-là peut encore rendre d'immenses services. Même quand on sera à la phase de production, on aura peut-être encore besoin d'explorer d'autres aspects du plasma."

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