Le bois est-il incontournable pour construire écolo?

L'ACTUALITÉ
18 octobre 2021
le bois pour un immeuble plus écolo

Les qualités écologiques du bois sont incontestables, mais la filière et les techniques de construction doivent poursuivre leurs mutations.

Tours, bureaux, grands projets…, rares sont les réalisations emblématiques récentes à ne pas faire la part belle au bois. Ce matériau qui concerne déjà près de 7 % du marché de la maison individuelle est de plus en plus présent dans le collectif. Il est vrai qu’il présente bien (au moins en début de vie, lorsqu’il est utilisé à l’extérieur), que c’est celui que préfèrent les utilisateurs quand il s’agit de créer une sensation de bien-être et qu’enfin il affiche de grandes aptitudes de stockages de CO2 particulièrement recherchées actuellement.

De quoi installer l’idée dans les esprits qu’une construction respectueuse de l’environnement passerait forcément par le recours au bois. Pour en avoir le cœur net, nous avons interrogé bon nombre de constructeurs et promoteurs afin de connaître la place de ce matériau dans leur stratégie, ses forces mais aussi ses faiblesses. «On peut recourir au bois sur toutes formes de bâtiments, des piscines aux hôtels en passant par les logements, les commerces et les bureaux, souligne Diego Harari, directeur de l’innovation et du développement durable chez Vinci Immobilier. La seule vraie difficulté actuelle concerne les immeubles de grande hauteur (IGH), limite sous laquelle on se maintient pour des raisons liées aux normes plus qu’au matériau.»

Des solutions mixtes

De son côté, le groupe immobilier Icade, dans le cadre de sa stratégie bas carbone, a créé un fonds climat ainsi qu’une filiale baptisée Urbain des Bois qui a pour objectif de générer 100 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2025, soit l’équivalent de 500 à 1 000 logements. «Le bois est l’un des éléments d’une solution plus globale pour tendre vers une ville bas carbone, précise pour sa part David Laurent, directeur général chez Kaufman & Broad. Nous avons commencé à nous y intéresser dès 2010 avec une première livraison de maison à ossature en bois en 2013.» Et la tendance n’est pas près de s’inverser au vu des réalisations inaugurées ces derniers mois, sans compter les infrastructures liées aux Jeux olympiques 2024 qui feront la part belle au bois. «Certains grands projets actuels tels que le village des athlètes sont portés par une ambition environnementale et par une volonté politique forte de créer des préfigurateurs, des chantiers qui poussent à trouver des solutions hors normes», souligne Diego Harari.

Ce n’est pas Jacques Bouillot, responsable filière sèche et solutions bas carbone chez Eiffage Construction, qui dira le contraire. C’est en effet son groupe, associé à Woodeum, qui a réalisé la tour Hypérion à Bordeaux, une construction mixte bois-béton qui culmine à 57 mètres du haut de ses 17 étages. Il reconnaît lui aussi que ces chantiers sont des laboratoires bien utiles. «La réglementation a été largement conçue pour la construction béton, souligne-t-il, et nous rencontrons des difficultés sur les normes liées au feu et à l’acoustique. Il faut redécouvrir tout le métier de l’ingénierie du bâtiment et inventer de nouvelles solutions.»

L’intérêt de recourir au bois se mesure différemment selon que ce matériau se voit ou non. «Lorsque le bois est visible, cela apporte un confort sensoriel, une dimension que l’on ne retrouve pas avec l’acier ou le béton, précise-t-il. Et lorsqu’il est caché, cela se joue du côté de la facilité de mise en œuvre et de la légèreté.» Il est vrai que le bois est apprécié pour des chantiers délicats dans les grands centres-villes car la préfabrication en usine permet des chantiers «secs» avec beaucoup moins de nuisance. C’est aussi un matériau plébiscité pour les surélévations grâce à sa légèreté. Une multiplication des projets qui ne devrait surtout pas laisser croire qu’en dehors du bois, point de salut.

«La structure du bâtiment correspond à 20 % au maximum de son empreinte carbone, le reste du chantier à minimum 30 % et les derniers 50 % correspondent à la vie du bâtiment une fois livré, rappelle David Laurent. Le point clé reste donc la dépense énergétique, avec en ligne de mire la construction de bâtiments passifs et le recours à des énergies décarbonées, comme la géothermie par exemple, que nous mettons en place dans plusieurs opérations, notamment dans celles d’aménagement.» «Le bois n’est pas la seule manière d’atteindre ces objectifs, précise pour sa part Diego Harari. On peut également se reporter vers la terre crue, réduire le ciment dans le béton pour en faire du béton bas carbone, créneau sur lequel Vinci Construction a pris des engagements.»

Nos bois séduisent les Étrangers

Au sein du groupe Verrecchia, constructeur et promoteur francilien dont la marque de fabrique est liée à la pierre de taille, on n’entend pas changer son fusil d’épaule tout en s’intéressant au bois et autres matériaux. «Il n’est pas question de nous opposer à quoi que ce soit, souligne son PDG, Marc Verrecchia, notre credo, c’est le bon matériau au bon endroit. Nous sommes attachés à la proximité et au circuit court que nous permet la pierre, ainsi qu’à sa durabilité et à son aspect patrimonial. Et cela ne nous empêche pas de recourir au bois pour des structures mixtes que nous développons, sans oublier les planchers. Mais pour les façades, la pierre porteuse à partir de 23 cm (sans mur béton) a notre faveur pour son inertie et son confort hygrothermique en été comme en hiver.» Sensible aux matières géosourcées, le groupe se penche également sur des planchers et des cloisons en terre crue sans oublier des produits biosourcés innovants comme la paille de chanvre et la fibre de bois.

Il reste actuellement plusieurs problèmes liés au bois à résoudre, certains étant plus conjoncturels que d’autres. En premier lieu, l’afflux de commandes a montré que l’approvisionnement pouvait être compliqué, avec à la clé des envolées des prix. La France a beau être le 4 pays européen le plus boisé, sa filière de transformation a encore des progrès à faire. Et face à l’appétit actuel de la Chine et des États-Unis pour nos bois, peu de choses ont été faites pour sécuriser la production. Outre le prix, l’absence de produits locaux pousse certains constructeurs à se fournir très loin. Il n’est pas rare de retrouver sur des chantiers des résineux de Sibérie, ce qui réduit singulièrement leur efficacité en matière de bilan carbone. Même chose pour des panneaux de bois lamellé croisé (CLT), souvent importés et dont les colles peuvent parfois être améliorées. Enfin, les techniques doivent encore progresser en matière d’acoustique. Actuellement, pour obtenir des performances satisfaisantes, il faut soit rajouter beaucoup d’épaisseur, soit créer des millefeuilles de matériaux. Dans les deux cas, la solution n’est pas optimale d’un point de vue écologique.

Une fois les problèmes de pénurie résolus, les tarifs devraient cependant revenir à la normale. Il restera alors à savoir si le bois continuera à engendrer des surcoûts de construction, comme c’est le cas actuellement. «Nous sommes en pleine phase d’acquisition de savoir-faire dont l’objectif est de réduire les coûts, estime Diego Harari. Mais ces opérations restent complexes et il est peu probable que l’on puisse construire rapidement au même prix qu’en béton.  De son côté, Jacques Bouillot, chez Eiffage, est confiant. «La maison individuelle en bois, en général plutôt haut de gamme, devrait rester légèrement plus chère. Mais pour le collectif, avec la multitude de solutions qui se mettent en place, nous devrions pouvoir nous limiter à un surcoût de 5 % dans un horizon de 5 ans.»

Un surcoût contenu à une condition cependant: ne pas dépasser la «troisième famille» de bâtiments (80 % des immeubles en France), ceux dont la hauteur maximale est limitée à 28 mètres. «Notre expérience et notamment notre chantier du Village des athlètes nous conforte sur le fait que l’optimum des bâtiments en bois se situe sous la barre des 28 mètres, souligne-t-il. Au-delà, l’application des normes fait s’envoler les coûts. En deçà, on peut entraîner la filière bois française par la massification et activer l’amélioration continue. 

Par Jean-Bernard Litzler - FIGARO IMMOBILIER

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