Quand le bureau se fait désirable pour attirer les salariés

L'ACTUALITÉ
2 novembre 2021
Espaces de travail, immeubles et aménagements

Pour donner envie aux salariés de retrouver leurs espaces de travail, les immeubles et les aménagements évoluent.

Cette année, il n’y a pas que les élèves qui ont fait leur rentrée. Pour nombre de salariés, septembre a aussi marqué un retour «presque normal» au bureau. Derrière cette apparente routine se cachent pourtant bon nombre d’interrogations et d’évolutions à venir. L’expérience réussie d’un télétravail forcé puis parfois volontaire interroge forcément toutes les parties prenantes sur leur rapport au lieu de travail et sur son utilité réelle.

Que vient-on faire au bureau? Les locaux ne coûtent-ils pas trop cher? Ne vaudrait-il pas mieux réduire leur surface? Faut-il envisager de recourir à des tiers-lieux ou des espaces de coworking? «Il s’agit de donner du sens à ce retour au bureau, mais il est évident que les locaux représentent aujourd’hui un vrai défi pour les entreprises, souligne Éric Siesse, directeur général adjoint de BNP Paribas Real Estate Transaction. C’est une manière d’attirer et de retenir les talents. Mais il ne faut pas oublier que ces bureaux, ce n’est pas qu’un coût, un investissement, c’est aussi un véritable outil de transformation de l’entreprise.»

Tout le monde s’accorde à reconnaître que ce retour au bureau est incontournable, reste à savoir à quoi devraient ressembler ces espaces de travail. «Du point de vue des relations au travail, cette crise sanitaire est une déflagration majeure, estime Jean-Claude Bassien, directeur général délégué chargé des services chez Nexity. Il y aura un avant et un après.» Le problème, c’est qu’il n’est pas toujours facile de prévoir la proportion d’enthousiastes face au télétravail, ceux qui y sont parfaitement réfractaires ou encore la bonne répartition entre ces modes d’organisation. «Les salariés ont des envies difficiles à concilier, admet Jean-Claude Bassien : ils plébiscitent à 65 % le retour au bureau (selon une étude réalisée pour la chaire Workplace management de l’Essec) et en même temps ils sont plus de 70 % à réclamer du télétravail.» Cela ne l’empêche pas pour autant de dégager quelques certitudes pour l’avenir: «Dans leurs murs, les entreprises ont désormais besoin de plus de flexibilité et de plus d’espaces collaboratifs», précise-t-il.

À l’avenir, on devrait donc voir de moins en moins de lieux monofonctionnels, utilisés seulement quelques instants dans la journée. Les espaces de restauration doivent par exemple faire office de lieu événementiel pour des réceptions, conférences, divertissement… Et plutôt qu’un cloisonnement fixe avec une stricte distinction bureaux fermés/bureaux ouverts, les cloisons mobiles voire de simples rideaux épais doivent permettre de redessiner des espaces pour accueillir aussi bien des petits groupes que des réunions plus larges. «Le bureau de demain, c’est un véritable hôtel d’activités, résume Éric Siesse, un lieu de rencontres et de collaboration où l’on cherche avant tout à échanger plus facilement.»

Service hôtelier

Dans le quartier des affaires de La Défense, la tour CB21, bâtie dans les années 1970, a eu droit récemment à un relifting complet pour «s’adapter aux nouvelles attentes business». Parmi les surprises dans cet espace largement minéral, on découvre 1 500 m² de jardins avec aménagements, chaises et tonnelles en pied de tour. Il est vrai que l’immeuble est dépourvu des terrasses qui fleurissent désormais partout. «Ce qui fait venir au bureau aujourd’hui, c’est l’envie d’y vivre une expérience et nous en faisons une expérience hôtelière afin de sortir du quotidien», souligne Thomas Weinberg, chez Covivio. Cette société est à la fois l’investisseur, le développeur et le gestionnaire de ce site. Un groupe par ailleurs actif sur le marché du coworking sous sa marque Wellio sans oublier une branche hôtelière. Dans ces conditions, pas étonnant que l’offre de restauration ait été particulièrement soignée, car elle reste la plus grosse attente des utilisateurs devant la salle de sport. Là aussi, l’heure est à la diversité avec trois ambiances et cartes différentes sans oublier le café lounge. Même souplesse pour les espaces de travail avec des salles de réunion de 3 à 20 personnes complétées par un auditorium de 220 places.

Et pour tous ceux qui ne peuvent pas reconfigurer leur immeuble, reste aussi la possibilité de revoir l’ameublement. En plein 2e arrondissement de Paris, un lieu illustre bien ces tendances: il s’agit du Five (au 5, rue Bachaumont) ouvert par Julien Diard. Le lieu, qui tient du siège social, du showroom et du laboratoire, est hybride à l’image du métier du fondateur de Moore Design: vendeur, éditeur, conseiller en aménagement. L’occasion d’y découvrir des postes de travail déclinés dans toutes les hauteurs et positions, des îlots de travail avec un arbre planté en son centre, des banquettes connectées et autres aménagements destinés à favoriser les échanges entre collaborateurs. Il n’est d’ailleurs pas rare que les clients ou futurs clients viennent s’installer sur place quelque temps pour tester le matériel en conditions réelles.

Des réunions plus efficaces

Malgré ces équipements et ces services innovants, la grande question qui se pose concerne la surface de ces espaces de travail qui, en toute logique, si l’on y vient moins souvent, devrait diminuer. «Nous tablons sur une réduction moyenne de 20 à 25 % en grandes surfaces de plus de 5 000 m², précise Éric Siesse chez BNP Paribas Real Estate, mais toutes les sociétés ne sont pas logées à la même enseigne, entre celles qui tendent vers le zéro bureau et celles qui refusent d’envisager toute forme de télétravail.» Chez Nexity, Jean-Claude Bassien est moins catégorique: «Certaines entreprises ont réduit leurs surfaces de bureau, mais il n’y a rien de mécanique. Aujourd’hui, cette baisse éventuelle de surface est difficile à évaluer tant que l’on n’a pas défini la place accordée aux nouveaux espaces et aux nouveaux usages.»

Quant au corollaire de cette réduction des surfaces et de cette flexibilité recherchée partout, ce serait le flex-office, la fin du bureau attribué personnellement. Deviendra-t-il la nouvelle hantise des salariés, comme l’a été (et le reste encore souvent) l’open space? «Au début, la question du flex-office n’a pas été très bien expliquée ni bien traitée, estime Éric Siesse. Si la perte du bureau personnel se fait sans contrepartie, sans hausse des surfaces collaboratives ou des possibilités de télétravail, elle sera mal perçue.» De son côté, Jean-Claude Bassien pointe une innovation technique qui pourrait améliorer sensiblement cette pratique. «Le vrai irritant du flex-office, c’est l’incapacité de savoir où l’on sera installé demain et où seront nos collaborateurs, explique-t-il. C’est pourquoi, il faut des outils pour organiser de façon souple les réservations et les rendre visibles ; nous y travaillons.

Mais si la révolution de la flexibilité des espaces de travail doit se faire dans les locaux de l’entreprise (flex in dans le jargon des spécialistes), elle doit aussi se faire à l’extérieur (flex out), où elle peut passer, en complément du télétravail, par des espaces de coworking ou des tiers-lieux. Chez Wojo, coentreprise de Bouygues Immobilier et Accor, qui a ouvert à Tolbiac (13e arrondissement de Paris) son quatorzième site, on est en plein dans cette tendance. Sur neuf étages, l’immeuble propose 820 postes de bureaux privatifs et 110 places de coworking. Le tout dans une ambiance très pop et colorée avec un vaste toit-terrasse, une salle de sport et des espaces alternant bulles pour s’isoler et des zones créatives pour échanger.

De son côté, Comet se place sur un créneau plus spécifique encore, en se concentrant sur des salles de réunion de nouvelle génération (5 sites à Paris).  Notre vision peut se résumer dans cette expression: la réunion, c’est le nouveau bureau souligne Victor Carreau, cofondateur de l’enseigne. Dans le travail actuel, une partie de la production peut se faire à distance, c’est plus délicat pour la collaboration et quasiment impossible pour la sociabilisation. Nous nous concentrons donc sur ces derniers points.» Aménagements, services, coaches… tout est fait pour garantir des réunions plus efficaces et productives que dans ses propres locaux. Mais au-delà de ces sites destinés aux grands centres urbains, l’avenir pourrait passer par des espaces de travail décentralisés avec un maillage beaucoup plus fin que ce qui existe actuellement. «La demande a du mal à s’exprimer chez les salariés, car il n’y a pas d’offre actuellement, souligne Jean-Claude Bassien. Toute la difficulté, c’est de trouver un modèle rentable. Nous comptons expérimenter des espaces de 10 à 20 postes sur 100 à 300 m² qui seraient installés en 2e et 3e couronnes. Nous visons une vingtaine de sites en région parisienne, qui seraient accessibles 24 heures sur 24 avec un coût accessible, payé soit par l’entreprise, soit par le salarié.»

Figaro Immobilier - Jean-Bernard Litzler

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