L’autosuffisance alimentaire, un outil pour la santé publique

4 avril 2022
Agriculture en Provence

Le Conseil consultatif de la société civile du Pays d'Aix émet 50 propositions "pour une agriculture raisonnée et une santé maîtrisée". Selon ce rapport, la souveraineté alimentaire du territoire pourrait être atteinte dans les cinq ans, permettant une nutrition de qualité tout en luttant contre le dérèglement climatique.

C'est un rapport de 25 pages, émanant du Conseil consultatif de la société civile du pays d'Aix : une instance non décisionnelle mais qui vise à apporter des éclairages aux élus en s'emparant de plusieurs thèmes. Fin octobre 2021, Dominique Sassoon - ancien candidat à l'élection municipale sous la bannière d'Europe Écologie les Verts, qui a désormais pris ses distances avec le parti écologiste - présentait ce document, intitulé « Mieux produire pour vivre mieux, 50 propositions pour une agriculture raisonnée et une santé maîtrisée ». Le fil rouge ? "La souveraineté alimentaire comme facteur vertueux en matière de nutrition et de santé". Ce rapport prospectif est issu des conclusions d'un groupe de travail de la société civile qui a auditionné cinq intervenants dans les domaines de l'alimentation (Laure Gaillard), de l'agriculture (Serge Briançon), de la nutrition (Christiane Arriudarre) et du sport (Philippe Calas & Dominique Bonnet). Dans ce texte, les participants aux travaux soulignent avoir "acquis la conviction que la dépendance alimentaire peut constituer un obstacle à l'hygiène alimentaire. À l'inverse, la souveraineté territoriale en la matière constitue un enjeu de santé publique en raison de son impact sur l'empreinte carbone et sur les habitudes alimentaires par le biais d'une profonde modification de l'offre".  

Le rapport ajoute que "l'objectif de l'autosuffisance alimentaire doit, en effet, favoriser des pratiques plus vertueuses grâce à l'accès à une alimentation diversifiée et locale ; à rebours de la consommation de produits ultra-transformés, nocifs pour la santé, facteurs d'obésité et de toutes les comorbidités associées. Dans ce contexte, le groupe observe que cette métamorphose doit s'accompagner d'un programme d'éducation nutritionnelle dès le plus jeune âge". En gros : on peut manger bon et sain en se fournissant dans le champ à côté...

"La dépendance alimentaire peut constituer un obstacle à l'hygiène alimentaire."

 

Préservation du foncier agricole

Le scénario préconisé par les auteurs de l'étude se base sur le Projet alimentaire territorial (PAT) mené par la Métropole en partenariat avec le Territoire du pays d'Arles, visant à rapprocher producteurs, transformateurs, distributeurs, collectivités, associations et consommateurs. Le périmètre du PAT recouvre les limites du département des Bouches-du­Rhône. Une base de travail à laquelle s'ajouterait le volet santé, et notamment la lutte contre l'obésité, souvent liée à "la malbouffe".  

Pour établir un diagnostic, les auteurs du rapport ont préalablement évalué la situation de l'agriculture sur le Territoire du pays d'Aix en termes foncier, économique et social. Il en ressort que ce dernier est le premier bassin agricole de la Métropole et le troisième à l'échelle de la région. Entre 22 et 27 % du territoire est dédié à l'agriculture, entre terres cultivées et pâturées. Son rôle économique n'est pas anodin : le secteur agricole correspond à 8 000 emplois (directs et indirects) dans le pays d'Aix. Ce dernier a-t-il, néanmoins, la capacité d'atteindre l'autosuffisance alimentaire ? Pour le maraîchage et les fruits, c'est oui, selon Serge Briançon.  

"Mais cela suppose de disposer des surfaces cultivables nécessaires". Mais ce qui vaut pour les fruits et les légumes ne peut pas être appliqué avec la viande : sur ce secteur, "les surfaces disponibles ne permettent de satisfaire que 16,6 % des besoins". Idem pour les produits laitiers. "D'où la nécessité de considérer la politique alimentaire au niveau régional", indiquent les experts.  

Une réflexion s'impose également en termes de flux. Actuellement, 80 % des productions locales ne sont pas consommées localement et sont distribuées sur le reste du territoire national. Le groupe d'experts préconise à cet égard "d'orienter les circuits de distribution vers des producteurs locaux".  

Au-delà du diagnostic, le rapport émet donc 50 propositions "pour une agriculture raisonnée et une santé maitrisée" pour tendre vers l'autonomie alimentaire. Elles sont structurées de six grands thèmes que sont "la préservation du foncier, l'adéquation de la production aux besoins de la consommation locale, l'implantation d'unités de transformation à proximité de lieux de production, l'approvisionnement de la restauration hors domicile en produits locaux, la généralisation des circuits courts et des marchés de producteurs, et enfin l'éducation, la communication et l'information. Vaste projet ... Mais pas irréalisable, selon le rapporteur Dominique Sassoon : "Prétendre à l'autosuffisance alimentaire du territoire dans les 5 ans n'est pas une utopie, mais un projet concret qui va améliorer la vie et la santé de ses habitants".

80% des productions locales ne sont pas consommées localement.

 

Par Julien DANIELIDES – La Provence

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