« Pour promouvoir une Electronic Valley, il faut du foncier ! »

7 février 2022
Aix-en-Provence

Entretien avec Jean-François Dubost, adjoint au maire d’Aix-en-Provence et PDG de la Quincaillerie Aixoise.

Comment se profile le territoire d'Aix-en-Provence ? Quels sont les axes majeurs de développement de ce territoire qui pèse lourd dans l'économie de la région ? Rencontre avec l'adjoint au maire délégué à l'économie depuis mars 2020, Jean-François Dubost, le PDG de la Quincaillerie aixoise.

  • LNP : Quelles sont les missions de votre délégation ?

JEAN-FRANÇOIS DUBOST : J'ai en charge l'économie, les relations avec les entreprises et le Pôle d'activités d'Aix-en-Provence (PAAP). Je m'occupe également de l'univers du numérique, c'est-à-dire l'innovation, les nouvelles technologies, la data au sens large, dont la mise en œuvre de la ville intelligente, la smart city, et la digitalisation de l'administration municipale, c'est-à-dire la DSI [Direction des systèmes d'information, NDLR] interne et les plateformes d'accès aux services mis à disposition par la Ville, notamment aux associations. 

Je bénéficie du soutien de trois conseillers municipaux délégués, des jeunes remarquables. Et je suis également, avec l'adjoint au maire Rémi Capeau, délégué à la Duranne, une petite ville de 10 000 habitants où se développent le résidentiel et l'économie.

  • Comment se porte l’économie sur le territoire d’Aix-en-Provence ?

Plutôt bien. Certains secteurs ont plus souffert que d’autres de la pandémie. Dans le BTP et la distribution associée, des entreprises ont ainsi pâti d'une régression en 2020, mais pas toutes. Et il y a eu une dynamique et un rattrapage en 2021. La croissance est repartie dans ce secteur important.

  • Quelle est votre vision du futur ?

Le développement de la ville, pour les dix à quinze prochaines années, va s'articuler sur deux axes majeurs : la transition décarbonée et le numérique. A Aix-en-Provence, et plus particulièrement sur le pôle d'activités, nous avons des entreprises qui sont de véritables pépites et qui seront les leaders de l'économie liée au numérique. On peut tout particulièrement évoquer Crosscall, leader français de la distribution du téléphone portable renforcé, qui a remporté des marchés prestigieux : gendarmerie nationale, police nationale, services d'incendie et de secours. Le dirigeant, Cyril Vidal, a été identifié pour promouvoir une « Electronic Valley » sur le secteur d'Aix-les-Milles.

  • Qu’entendez-vous par « Electronic Valley » ?

Nous pensons que Crosscall pourrait permettre de doter la France d'une industrie liée à la filière de la téléphonie mobile renforcée, cryptage des données, etc. Cependant, pour promouvoir ce concept d'Electronic Valley, il faut du foncier. La seule réserve que je peux identifier actuellement, et qui pourrait accueillir cette nouvelle dynamique, se trouve sur les terrains de l'ancien aérodrome d'Aix-en-Provence (ex-Base aérienne 114), dont l'emprise foncière est de 130 ha. Aux termes du Plan local d'urbanisme (PLU) actuel, il y a à peu près 30 hectares disponibles pour l'urbanisme à caractère économique. Mais actuellement, seules les entreprises liées à l'aéronautique peuvent prétendre à s'implanter sur ce foncier. Je rappelle que l'aérodrome fait l'objet d'une Délégation de service public (DSP) d'une d­urée de 45 années, attribuée à la société Edeis.  

Il est évident qu'Edeis avait envisagé, dans le cadre de son business model, autre chose que la simple gestion des infrastructures aéroportuaires et qu'elle comptait s'appuyer sur le développement de ce foncier à caractère économique. L’idée est d'élargir ce PLU restrictif, et donc l'emprise foncière, pour créer un espace de respiration foncière supplémentaire, en y ajoutant la possibilité d'implantation de l'univers numérique, au sens large du terme. Ce qui donnerait une nouvelle possibilité d'accueil de tout un nouvel écosystème d'entreprises lié à ce secteur. Ce projet est en cours.

  • Qu’en est-il du foncier économique sur le territoire aixois ?

Le foncier économique est une matière de plus en plus rare, c'est le problème auquel nous sommes confrontés. Pourtant, pour développer une économie dynamique sur notre territoire, il y a nécessité à disposer de foncier disponible adéquat. Sur le PAAP, qui couvre 600 hectares, il n'y en a plus véritablement.  

Aujourd'hui, nous sommes dans l'incapacité de trouver un terrain pour répondre à la demande d'une entreprise extérieure qui souhaiterait trois hectares d'un seul tenant. Il faut donc raisonner en termes de renouvellement urbain et attendre qu'une entreprise, en phase de grosse croissance et ne trouvant pas de terrains disponibles pour assurer cette croissance, revende ses parcelles qui serviront à d'autres entreprises.

  • Et le foncier résidentiel ?

Le foncier résidentiel est également rare. Depuis de nombreuses années, la Ville n'a que très peu contribué à la viabilisation du foncier économique. Celle des terrains qui sont mis à la disposition des entreprises se fait via le foncier résidentiel, ou par le truchement d'un aménageur au travers d'une Zone d'aménagement concerté (ZAC). C'est-à-dire que ce sont les promoteurs qui incluent, dans le coût de leur construction, des participations qui financent des réseaux de voiries, d'accessibilité, d'équipements municipaux en tout genre, comme des crèches, des écoles, etc. Cela, en fonction du développement de la population.  

Finalement, c'est via le résidentiel que la viabilisation de ces fonciers est réalisé. C'est là où la problématique affiche sa complexité car les entreprises ont besoin de personnels, de salariés pour se développer. Ces derniers cherchant à être dans une proximité certaine de leur lieu de travail.

  • Le manque de foncier influe-t-il sur l’attractivité du territoire aixois ?

Lors d'une conférence à l'Agence d'urbanisme du pays d'Aix (Aupa), fin novembre, Carlos Moreno, un des pionniers du concept de la ville des courtes distances, a mis l'accent sur le foncier : plus il est cher ou éloigné, plus il y a difficulté à maintenir une attractivité pour les salariés de notre territoire. C'est assez complexe. Mais finalement, tout cela se combine dans une vision très politique et dont seul le maire détient les clefs.

Aix-en-Provence compte une population de 150 000 habitants. La question est : que voulons-nous qu’elle soit dans quinze ans ? 170 000, 180 000 ? Moins ? Plus ? Je ne sais pas. Et c’est là où le politique rentre en jeu. Et c’est à partir de cette vision, exprimée et imprimée par le maire en symbiose avec la population qui l’a élu, que tout découle.

  • Comment se portent les zones d’activités d’Aix-en-Provence ?

Nous avons la chance d'avoir le Pôle d'activités d'Aix-en-Provence (PAAP) qui est de loin le premier pôle d'activités régional, avec plus de 1 400 entreprises et 29 472 emplois au 1er janvier 2021. C'est celui qui affiche la plus grande dynamique. Il y a 25 ans, le développement économique cité en référence était celui de Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes). Depuis, beaucoup de chemin a été parcouru et on ne peut que s'enorgueillir d'abriter le premier pôle d'activités régional.

La Pioline est en revanche une zone d'activités commerciales, pas un pôle d'activités qui dernier présuppose le maintien des activités de production. Car il ne faut pas que le tertiaire prenne le pas sur le PAAP. Une entreprise qui se développe avec dynamisme et ne trouve pas de place pour ses activités de production, alors qu'elle est propriétaire de son foncier, peut avoir intérêt à vendre à un constructeur de bureaux. Parce qu'un immeuble de bureaux rapportera plus au mètre carré que la construction d'un bâtiment de production. Mais attention, ce qui fait la force du PAAP est d'être un pôle d'activités où la production est présente.

J’insiste sur le bon équilibre à respecter en la matière. Le PAAP est en B to B, la Pioline est en B to C.  

En prolongement de la zone commerciale de Pioline et mitoyen au PAAP, il y a la zone du Plan d'Aillane, destinée à accueillir prochainement un village automobile. Pourquoi ? Parce que les concessionnaires, implantés vers Encagnane, la route de Galice, etc., où il y a des projets d'urbanisme résidentiel, vont être amenés à s'implanter sur ce site. De plus, le développement de la mobilité électrique crée de nouveaux besoins pour ces concessionnaires, comme la présentation de leur offre de véhicules électriques, et donc la nécessité d'avoir des espaces supplémentaires.

  • Quel est le poids économique d’Aix-en-Provence ?

Avec ces pôles d'activités, Aix-en-Provence possède une véritable force économique ayant vocation à créer de nombreux emplois dans les secteurs de l'énergie propre, la transition décarbonée avec le projet de faire une ferme solaire sur le plateau de l'Arbois. Le Technopôle de l’Arbois travaille également sur la transition décarbonée. Nous avons aussi la cleantech, Thecamp. Et des entreprises, comme Crosscall, à la pointe de la reconstruction d'une filière de téléphonie mobile industrielle en France (France 2030). C'est bien que la Ville puisse travailler avec des compétences de ce niveau et ayant une vraie connaissance de notre territoire.

De plus, Aix-en-Provence est mondialement connue pour son patrimoine, son architecture, son histoire, son dynamisme culturel, son festival d'art lyrique, le Ballet Prejlocaj, Le Cercle des économistes qui rivalise avec Davos, etc. Tout ceci, qui témoigne d'un dynamisme de ma ville, est possible car le tissu économique d'Aix-en-Provence et de son territoire associé est très fort et crée suffisamment de valeur ajoutée pour entretenir ces politiques annexes qui bénéficient à tout le monde.

 

Publié dans Les Nouvelles Publications – Édition du 4 février 2022 - Propos recueillis par Martine Debette

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