Quelles solutions pour le foncier ?

9 février 2022
Crédit : la provence

La Métropole sort l'artillerie lourde face aux lourdeurs administratives. Mais, la réalité du terrain est dure.

Le sujet est complexe. Indéniablement, il manque du foncier pouvant accueillir des entreprises. "Bien sûr", lâche d'emblée Jean-Luc Chauvin, président de la chambre de commerce. Sur le papier, toutefois, "il y a ce qu'il faut. Mais, nous n'avons rien produit de plus. Pour être concret, le foncier est bloqué, soit par le Préfet, soit par le manque d'études. Le foncier n'est donc pas disponible". Le raisonnement va plus loin. "Pour s'installer, une entreprise doit avoir une visibilité entre 18 et 24 mois. Le premier coup de pioche doit être rapide", poursuit-il. La zone Athelia V, à La Ciotat, en est le parfait exemple. Un avenir prometteur ralenti des lourdeurs administratives. La zone d'exploitation est passée de 125 hectares à 25 voire 30 hectares commercialisables. La DDTM attendant des études "incendie". Le Préfet a donc déféré un permis de construire. 

La solution ? Anticiper. "La réglementation est de plus en plus lourde. Il faut donc aller plus loin pour ne pas bloquer les projets. Les industriels ont fait énormément d'efforts notamment en matière environnementale." Le président évoque également la possibilité d'aller chercher des opérateurs. "Pourquoi pas faire du plug and play?" Comprendre par là, installer des dispositifs comme l'eau et l'électricité et les mettre en attente. "Puis, pourquoi pas faire comme au port de Rotterdam, en faisant en amont une étude environnementale. Tout le temps que l'on perd, ce sont des mètres carrés en moins." La cartographie est pourtant alléchante. A Gardanne, les zones libres accueilleront la filière énergie. Le pays d'Aix, que ce soit la Duranne ou encore les Milles affiche complet. Athelia V, si la situation se décante, misera sur l'industrie de pointe. "Nous ne cessons de recevoir des appels", tant le territoire est attractif. Et à la Métropole, on en a conscience. L’enjeu est fort. La proximité du Grand port de Marseille est une donnée importante. "Le foncier n'est pas un problème, mais il ne faut pas mentir il y a des préoccupations. Nous identifions les problématiques, puis nous élaborons des actions," souligne Gérard Gazay, vice-président, délégué au développement économique. A cet effet, l'élu brandit l'agenda du développement économique. Ce document "stratégique" définit "un plan d'actions." Autre arme de l'institution, le dispositif de production de l'offre foncière et immobilière pour les entreprises (Dofie) pour les 15 années à venir. Cet outil de planification et de programmation identifie les potentiels fonciers à vocation économique sur le territoire, via une base de données des opérations foncières et immobilières prenant en compte la demande et la typologie des entreprises.

La priorité sera d'ajuster les priorités visant à produire 1450 ha de foncier productif d'ici 2032. Mais aussi vérifier l'adéquation et mesurer les écarts entre les besoins des entreprises et les produits immobiliers. Enfin, promouvoir l'attractivité en favorisant le développement de parc d'activités et de zone d'activité de proximité. Le tout adapté aux besoins des entreprises locales. L’objectif est de contribuer à la création de 2500 emplois par an. La politique en termes de foncier économique est "stratégique", elle permet en fluidifiant le marché d'accélérer les projets générant ainsi des retombées en termes d'emploi. Dans les faits, ce sont 10 000 emplois générés par le foncier commercialisé et cinq à 6 millions d'euros de recettes fiscales annuels. Sur les 1500 hectares à optimiser avant 2030, les "500 premiers hectares correspondent aux PLU ou POS de l'époque, les 500 suivants doivent faire l'objet d'une réflexion et pour les 500 derniers, il faudra les trouver", explique l'élu. D'ores et déjà, l'objectif fixé par l'Agenda du développement économique est quasiment atteint avec 380 ha fin 2021 sur les 400 de foncier économique aménageable. Si l'ambition est grande, la difficulté reste accrue. Particulièrement sur les secteurs de la logistique, où le potentiel est colossal. Pour cela "il faut trouver des espaces bien desservis, peu impactant pour l'environnement et limitant les nuisances." Le constat est fait. L’offre existante est saturée, diffuse et vieillissante. Les stocks sont dispersés, peu présents sur certains espaces demandés ou en pénurie sur des cibles spécifiques.

Alors quelles solutions ? "Il faut créer de l'emploi. Le département est en difficulté. Même si ça va mieux. Et créer de la richesse." Les taxes permettent à la Métropole de réinvestir. Le pari devra être relevé. Avec 258 hectares de capacités supplémentaires à mobiliser à 2027. Cette ambition pourrait être possible grâce à une collaboration plus forte avec l'EPF. Concrètement, il faut réorienter certains espaces d'activité dits généralistes pour y intégrer des activités logistiques ou industrielles et prévoir du foncier pour l'extension des techno-pôles. Le schéma directeur logistique métropolitain définit 300 ha de besoin pour ce domaine. Dans les faits, il faudra réussir des opérations de requalification de zones d'activités, réaliser un inventaire des friches urbaines et industrielles. Mais "aussi anticiper sur les études environnementales et rénover les méthodes de travail avec les services de l'État", concède-t-on du côté de la Métropole. Les risques incendie et inondation pèsent lourdement sur tout le territoire, et particulièrement sur le secteur marseillais.

Rislène ACHOUR - LA PROVENCE

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